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Bodybuilding naturel  – Un Oxymoron Moderne ?

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L’utilisation excessive de médicaments par les athlètes en musculation au niveau compétitif est répandue. Les inconditionnels du culturisme utilisent de nos jours des protocoles sophistiqués composés de stéroïdes anabolisants mélangés à des hormones de croissance humaine, de l’insuline, des préparations de régulation de la thyroïde et des diurétiques intraveineux, souvent dans des dosages approximatifs. Les risques évidents pour la santé associés à de telles pratiques ont donné naissance à un mouvement à contre courant appelé « le bodybuilding naturel ». Mais alors qu’elle permet d’éviter ces pratiques potentiellement dangereuses d’administration de médicaments, cette idée raisonnable et que nous vous recommandons fortement, le concept de « bodybuilding naturel pur et simple » est aujourd’hui pratiquement un oxymoron et sérieusement imparfait.

Le Bodybuilding Moderne comme Concept

Gagner du muscle par la pratique de l’exercice physique a sans doute été conçu comme un moyen pour obtenir plus de force et une meilleure santé physique à l’ère préhistorique. Renforcer les muscles de son squelette signifiait augmenter ses capacités physiques et ses chances de survie. Pourtant, à un moment donné, on a vu naître la notion qu’on pourrait améliorer l’apparence physique par de tels efforts. En conjonction avec un régime approprié, ces exercices – exécutés avec une forte résistance – pourraient améliorer la taille et la forme des muscles. La forme physique générale pourrait être améliorée en pratiquant des exercices spécifiques ciblant les différents muscles du corps. Une soi-disant « culture physique » s’est ainsi développée, dédiée à ces pratiques, avec des objectifs largement différents des objectifs athlétiques traditionnels. L’objet de ces efforts : de plus gros muscles simplement dans le but de les avoir … et de les montrer. Comme Charles Gaines l’explique très bien dans son livre « Pumping Iron » (page 105), « la nature même de la compétition de bodybuilding est esthétique plutôt qu’athlétique. »

Au début du siècle dernier, des concours pour comparer le physique des concurrents ont été organisés en Amérique. L’ère du bodybuilding de compétition moderne a officiellement commencé en 1939, quand l’Union Athlétique Américaine a mis en place le règlement de concours sur le physique en sponsorisant des compétitions au sein des régions et des états et au final un championnat national : le concours de Mister Amérique. Aujourd’hui, le concours de Mister Olympia est la plus haute compétition professionnelle pour les élites adeptes du culturisme.

Pendant toutes ces années, avec le développement de méthodes d’entraînement et d’équipements plus sophistiqués ainsi que des régimes élaborés de façon plus scientifique avec l’addition de suppléments, on a pu assisté à une progression graduelle au niveau de la taille standard des muscles et de leur mise en valeur dans le bodybuilding professionnel. Même au niveau de compétition amateur, la masse musculaire et la définition d’un athlète de haut niveau aujourd’hui auraient été incompréhensibles il y a seulement vingt ans. Dabs les clubs de gym, à travers le pays, il est assez commun désormais de voir de nombreux inconditionnels du culturisme, ne participant pas à des compétitions, peser plus de 105 kilos – une situation qui n’existait pas il y a quelques années. Il est fort probable que les standards de succès dans le bodybuilding vont continuer à croître.

Tandis que le vrai bodybuilding implique l’utilisation d’exercices et de pratiques nutritionnelles appropriés, il dépend aussi de facteurs génétiques qui surpassent généralement le contrôle par l’humain. Les individus nés avec des formes de muscle favorables et de fortes propensions à acquérir de la masse musculaire sont pressentis pour mieux exceller dans ce sport. Mais quelle que soit la capacité naturelle de chacun, le but ultime de l’entraînement de bodybuilding est de détourner la nature par la force absolue de la volonté humaine. Le challenger type s’engage dans un combat journaliers contre les restrictions génétiques de son corps, qui le forcent à contrecarrer les règles de la nature, en refusant, par exemple, d’avoir un bras qui mesure trente-cinq centimètres, celui-là même que la nature lui destinait et en choisissant d’avoir un bras de quarante-cinq centimètres. La femme haltérophile se débarrasse de la graisse corporelle dont son corps s’est enveloppé pour préférer adopter une esthétique basée sur la résistance et la puissance.

La Pratique du Bodybuilding Moderne

Les mécanismes du bodybuilding moderne impliquent la répétition encore et encore de mouvements basés sur la force et contrôlés. Au fur et à mesure qu’il répète ces mouvements, série après série, le culturiste assidu fait subir à ses muscles des niveaux de tension qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les bancs de musculation, poulies et autres machines complexes, inventés pour attaquer la cinétique du muscle à partir d’angles uniques et inhabituels, sont courants dans les clubs de gym à travers le monde. Dans certains clubs de gym, un contre-courant s’élevant contre les machines les plus « high-tech » a donné place à des exercices à base de mouvements de « retour aux fondamentaux ». Désormais les entraîneurs particuliers utilisent des poids libres et des exercices dérivés de l’haltérophilie olympique dans leurs séances d’aérobic et encouragent les participants lors des séances de cardio vélo pour qu’ils suent vraiment comme si ils escaladaient de réelles collines (l’image ironique du citadin épuisé retournant à la nature sur son vélo cardio ou à la « variante colline » sur son tapis de course est inéluctable). Pourtant malgré les revendications actuelles pour du « naturel », il n’en reste pas moins que le bodybuilding implique une manipulation systématique du corps et du physique avec un désir de transformer son état « brut ».

La manipulation systématique du corps est davantage accomplie au moyen de méthodes alimentaires. Le régime type du culturiste est un mélange sous haute surveillance, d’ingrédients comprenant beaucoup plus de protéines et de calories que les doses conseillées au grand public. La plupart des diététiciens recommandent moins de 70 grammes de protéines par jour. Les culturistes assidus en consomment au moins un gramme à un gramme et demie par 500 grammes du poids de leur corps par jour, avec des consommations habituelles de 200 ou 300 grammes par jour ou plus. En fait, beaucoup de culturistes comptabilisent réellement leurs prises de protéines et manipulent soigneusement leur consommation de nourriture quotidienne, transformant ainsi le fait de s’alimenter en quelque chose de fonctionnel plutôt que relatif au plaisir. Beaucoup de culturistes espacent leurs repas non pas en fonction de leur sensation naturelle de faim, mais pour aboutir à une absorption et une assimilation de protéines maximale.

Une autre composante de la manipulation physique du corps du culturiste est l’ingestion de suppléments. La plupart des culturistes réguliers ingèrent de grandes doses (appelées « mégadoses ») de nombreuses vitamines et minéraux. Ces quantités excèdent largement les quantités susceptibles d’être ingérées par une alimentation normale. De plus, il est pratique courante de consommer une variété de plantes et de produits disponibles sans ordonnance conçus pour améliorer les performances sportives, comme la créatine monohydrate. Beaucoup de ces produits seraient retrouvés en d’infimes quantités – ou pas du tout – dans un régime normal.

Le « Naturel », c’est quoi ?

Le mot naturel est tiré du mot latin « naturalis », qui signifie « par naissance ». Autrement dit, cela implique l’état ou la condition que la nature destine à l’origine, lors de notre naissance. (Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui nous distinguons le fait de donner naissance à un bébé sans assistance technologique/pharmaceutique quand on extrapole l’expression linguistique « donner naissance à un enfant de façon naturelle »). Dans ce sens, aucun de nous ne peut jamais se trouver dans un état naturel. À partir du moment où on nous nourrit, on nous habille et on nous apprend à parler, nous nous intégrons dans une « culture ».

Dans une approche anthropologique, le mot « naturel » fait aujourd’hui apparaître comme par magie des images teintées de nostalgie d’un état bucolique et pré-civilisé de l’humanité dans lesquels les gens vivaient selon leurs instincts fantaisistes plutôt que selon les règles plus sévères dictées par une conscience rationnelle. L’image de l’« honnête sauvage », primitif et pur, qui n’est pas entaché de la corruption culturelle, saute aux yeux. Nous pensons au Tarzan chez les Singes, ce guerrier indien d’Amérique, ou Conan le Barbare. Le mot « nature » dans ce contexte est perçu comme faisant partie d’un binôme (combinaison de deux parties opposées mutuellement) avec « la culture ». Mais il faut noter qu’historiquement, « naturel » a des connotations positives ou négatives selon les courants de pensées philosophiques présents. Par exemple, la célèbre étude de l’anthropologue Levi-Straus sur le « cru » (la nature) et le « cuit » (la culture) place la nature et la culture fortement en opposition binaire. Comme la culture réprime la nature, celle qu’on appelle la civilisation (elle même une notion à forte connotation) réprime les désirs de base des êtres humains. Ainsi, le mot « nature » représente tout ce qui est chaotique, non formé et non maîtrisé. Dans le contexte du début du vingtième siècle, on a préféré la culture, considérée comme un attribut positif.

Beaucoup de gens soutiennent que la culture et la civilisation existent précisément dans le but de contenir les impulsions naturelles potentiellement non maîtrisées des individus et que, de même que l’histoire progresse, les institutions sociales et culturelles deviennent de plus en plus performantes pour réglementer les corps et les intellects des individus. Michel Foucault, par exemple, discute dans Surveiller et punir : Naissance de la Prison le fait que le système judiciaire criminel a été élaboré de façon à produire des citoyens dociles qui répondraient aux systèmes systématisés de discipline, tant au sein des institutions pénales que comme ouvriers au cœur de la révolution industrielle. D’autres suggèrent que la manière dont « la culture » et « la nature » sont interprétées l’une par rapport à l’autre a permis la promotion d’idéologies politiques spécifiques comme l’expansionnisme européen et le colonialisme. La propagation réussie de la civilisation Occidentale a été fondée sur la conquête et/ou l’anéantissement de sociétés plus primitives. L’argument nature- culture a été aussi utilisé pour refuser un rôle aux femmes dans les affaires politiques et économiques : la sphère publique commerciale et gouvernementale, dominée par le sexe masculin, a été comparée à une jungle dans laquelle la nature, a menacé, bec et ongles, de consommer les sensibilités délicates du « beau sexe » plus raffiné, qui devrait diriger ses attentions de façon plus appropriée à civiliser ses enfants et son mari. Ainsi la distinction entre ce qui est naturel et ce qui est culturel a longtemps fait dispute et a longtemps été impliquée, de diverses façons, dans une variété de pratiques sociales et d’idéologies.

La notion de « naturel » a récemment été mêlé à une variété de formules et à la différence du modèle de Levi-Strauss, on lui a alloué un statut positif. La sociobiologie et la psychologie évolutive, qui a d’abord émergé au cours des années 1970 et a été lourdement critiquée, fait une réapparition d’intérêt populaire avec ses théories qui utilisent le comportement animal et la génétique pour expliquer la conduite des individus. Les mouvements New-Age vantent « l’élément naturel » et « la magie naturelle » de chaque individu. Quand le mot « naturel » est utilisé pour décrire le paysage, par exemple, il signifie que la beauté du paysage est exempte de façonnage humain. Quand il est utilisé pour décrire la nourriture, il implique que le produit est sain et pur, dépourvu de produit chimique ou additif. Les avocats de l’alimentation santé ont récemment épousé les théories du « manger comme un homme des cavernes » dans des livres tel que NeanderThin et d’autres publications sur les « régimes Paléolithiques » (mon préféré est Starch Madness, écrit apparemment sur le même ton époustouflant de la « civilisation technologique a fait des siennes » comme les films de série B des années 1950), aussi bien que la supplémentation de phytonutriments et de neutraceutiques dont on vante les mérites comme des cures préventives « naturelles » contre les rigueurs du monde moderne. De plus en plus le monde technologique civilisé, une fois perçu comme le salut de l’humanité (rappelons nous de toutes ces fantaisies concernant les voitures volantes), est considéré comme une source de tension, de maladie et de mécontentement (voir, par exemple, le manifeste de l’Unabomber). Dans ce contexte, le « naturel » forme un binaire avec « artificiel », « faux », ou « technologique ». Dans ce paradigme extrêmement positif on trouve implicitement l’absence de tout changement ou amélioration du fait de l’être humain, puisqu’ils sont jugés mauvais.

Quand on parle de l’idée de « naturel » appliqué au corps humain, on a tendance à signifier l’absence de modifications artificielles ou synthétiques. Pour prendre un exemple extrême, une femme avec des implants mammaires ne serait pas considérée comme ayant une poitrine naturelle (bien qu’inversement, les femmes culturistes soient souvent traitées de «pas naturelles » si elles ne recourent pas aux implants, même les plus discrets possibles). Pourtant, les pratiques sur le corps qui vont à l’encontre des normes culturelles sont aussi considérées comme « pas naturelles ». Cela s’illustre par exemple par les scarifications décoratives ; une cicatrice est une formation physiologique très naturelle, mais quand elle est réalisée dans la culture Occidentale dans un but décoratif, elle est considérée comme anormale. Par conséquent, ce qui est « naturel » n’existe pas, indépendamment de la culture, mais en dépend plutôt pour se définir. Le terme « naturel » ces temps-ci est souvent synonyme de « normal », donc nous devons être prudents quant aux normes sociales qu’on promeut quand on loue la nature comme l’idéal.

Mais les principes sous-jacents au binaire ne sont pas si simples. Une niche à examiner se trouve sur les étagères de nos magasins de quartier de produits diététiques. Pour commencer, l’idée que la soi-disant alimentation « naturelle » soit dépourvue de produit chimique est complètement fallacieuse. Tous les aliments, y compris les « aliments naturels », sont entièrement composés de produits chimiques et souvent de beaucoup de produits différents. C’est pareil pour le corps humain ! De plus, simplement parce qu’un aliment est exempt d’additifs artificiels, cela ne le rend pas nécessairement bon pour la santé quand nous le mangeons. De nombreuses substances alimentaires « naturelles », comme l’huile de palme et de noix de coco, et même les bons vieux sucres, sont reconnus comme étant dangereux pour la santé.

Comme nous pouvons le constater, le concept de « naturel » est quelque peu complexe et devient même plus difficile à comprendre quand il est juxtaposé au concept de « bodybuilding ».

Le Naturel et le Bodubuilding : des Concepts Opposés

Les nombreux compléments santé vendus dans les magasins de produits diététiques lèvent d’autres questions intéressantes, en compliquant davantage l’évaluation de ce qui est « naturel ». La Vitamine C (l’acide ascorbique) est vendue comme un complément nutritionnel naturel. Mais est-ce qu’il est « naturel » d’ingérer de la Vitamine C non pas par l’ingestion de différents fruits et aliments, mais en l’avalant sous forme de comprimés ? De plus, comment quelqu’un peut-il soutenir qu’il est « naturel » de prendre deux, quatre ou même plus de grammes de Vitamine C chaque jour – ce qu’on appelle les « mégadoses » – quand aucun individu ne peut de toute évidence consommer de telles quantités en se nourrissant ? Un autre exemple : la créatine monohydrate, une substance qui a récemment été largement commercialisée comme un supplément pour développer les muscles. La viande rouge contient de petites quantités de créatine. Mais est-ce qu’il est « naturel » de consommer cinq, dix ou (pendant les phases qu’on appelle « phases de charge ») jusqu’à une trentaine de grammes de créatine tous les jours, quand de telles quantités se trouvent uniquement dans des produits fabriqués artificiellement ? Et pourtant, ces quantités largement « non naturelles » sont régulièrement consommées par de nombreux athlètes soi-disant « naturels ».

Ces athlètes « naturels » se sont convaincus que de telles pratiques de compléments alimentaires à l’extrême sont tout à fait naturelles, mais pendant des années ont tiré une ligne bien visible pour distinguer la différence entre des athlètes naturels et non-naturels : l’utilisation de suppléments androgènes. Tous les suppléments androgènes, y compris les stéroïdes anabolisants, sont des dérivés de testostérone, une hormone naturellement produite tant chez les hommes que chez les femmes. Mais à la différence de l’athlète prenant des capsules de Vitamine C ou de la poudre de créatine pour améliorer ses performances, celui qui prend des comprimés de suppléments de testostérone n’est plus considéré comme « naturel » et celui qui s’administre des injections de suppléments de testostérone est encore moins naturel. (Ironiquement, les stéroïdes anabolisants les plus dangereux sont ceux qu’on ingère par la bouche).

Évidemment, la popularité croissante de produits dont on a récemment fait la promotion complique davantage le tableau. Les plantes telles que le yohimbe et le tribulus terrestris sont réputées augmenter les niveaux de testostérone naturelle. L’effet désiré – des niveaux plus importants de sérum d’hormone mâle – est le même que celui des stéroïdes anabolisants. Pourtant les soi-disant athlètes naturels qui utilisent ces produits semblent oublier cette hypocrisie. La toute nouvelle catégorie de suppléments connus sous le nom de prohormones, comme l’androsténédione (andro), est encore plus troublante car elle est commercialisée comme une alternative naturelle aux stéroïdes. Pendant que ces substances sont tout sauf un petit pas moléculaire de plus vers la testostérone, elles peuvent être converties sans aucun doute en testostérone par le corps humain. A nouveau, l’effet – augmenter les niveaux de sérum d’hormone mâle – est le même qu’avec les stéroïdes anabolisants. Certains ont essayé de soutenir que la différence est que ces substances sont légales, tandis que les stéroïdes ne le sont pas. Évidemment, ce n’est pas tout à fait vrai, étant donné que les stéroïdes sont légaux s’ils sont prescrits pour traiter un cas médical légitime. De plus, il faut reconnaître l’arbitraire des lois – dans certains pays, les stéroïdes sont légalement disponibles sans prescription médicale, alors que dans d’autres même la créatine est interdite ! Le plus significatif dans tout cela, c’est que le principal conseiller du Président Clinton en matière de politique relative aux médicaments a récemment renouvelé son vœu d’avoir l’andro classifié comme un stéroïde anabolisant aussi vite que possible. S’il a raison – sur le fait que l’andro est et a toujours été un stéroïde anabolisant – tous les athlètes qui l’ont essayé n’ont-ils pas perdu leur statut « naturel » à jamais ? Ou existent-ils dans une zone trouble située entre deux ?

Certains athlètes naturels citent les quantités de suppléments qu’ils s’administrent comme étant pertinentes pour clarifier cette question. Bien sûr, cela lève beaucoup de questions, comme celle de savoir si un athlète avec des niveaux bas ou normaux-tranche inférieure de testostérone qui porte ses niveaux à la tranche normale-supérieure (ou même juste au milieu de la courbe dite normale), mais pas au-delà, est « non-naturel ». Pour encore compliquer le tableau, qu’en est-il si la supplémentation en testostérone est administrée légalement et médicalement prescrite, comme dans le cas de l’athlète qui vieillit dont les niveaux endogènes baissent et qui sont restitués à des niveaux normaux par l’addition de supplément hormonal ? Un tel athlète peut-il toujours se considéré naturel ? Si c’est le cas, qu’en est-il si la dose légale administrée restitue des niveaux de sérum de testostérone plus élevés qu’ils ne le seraient normalement pour un homme de cet âge – c’est-à-dire, un athlète de cinquante ans qui a désormais des niveaux de testostérone d’un homme de vingt ans ?

Conclusion

Le bodybuilding est, dans sa méthode et ses idéaux, une pratique contradictoire. Le bodybuilding améliore tout autant qu’il diminue la santé – il augmente la masse corporelle, les déchirures et les élongations au niveau des articulations et le risque de blessures tant chroniques qu’aiguës. Il est dépendant d’une consommation nutritionnelle hautement régulée en termes de choix d’aliments et d’apport calorique. Du point de vue de la santé psychique, il récompense ses adeptes en augmentant l’amour propre, la maîtrise de soi et l’autonomisation mais peut aussi être motivé par l’insécurité, la honte de se sentir faible et pour les hommes, un désir d’être fidèle à un idéal masculin particulier. L’étude effectuée sur le célèbre « muscle dysmorphia » dans Psychosomatics (1997) a engendré une hystérie des média quant aux hommes scrutant leurs corps de façon obsessionnelle (et la moquerie qui s’en suit par beaucoup d’haltérophiles sérieux qui disent qu’il n’y a rien de tel et que les gens qui ont dit cela sont des mauvaises langues tordus de jalousie), mais après avoir fait la part des choses, il semble évident qu’une ambivalence mentale et émotionnelle est souvent en marche quand les gens s’efforcent d’améliorer leurs physiques. L’argument à faire valoir ici est que le bodybuilding n’est pas soit l’un, soit l’autre, mais qu’il brouille facilement les cartes entre bonne santé/maladif, faiblesse/force, etc, et que de l’étiqueter sous une forme ou une autre n’est pas possible. Le bodybuilding c’est toutes ces choses à la fois, dans une tension permanente. Il est à la fois naturel et culturel. Dans le cas du bodybuilding assidu en vue d’une compétition cependant, il est difficile de soutenir que tout dans le sport est naturel. C’est presque, par définition, pas naturel. Tandis que les risques liés à la sécurité par l’adjonction rampante de substances chimiques au niveau des élites aujourd’hui sont regrettables, la ligne qui sépare les culturistes naturels purs et durs et les culturistes non-naturels est vraiment mince.

Sources

Foucault, Michel. Discipline and Punish: The Birth of the Prison (trans. Alan Sheridan). New York: Vintage, 1979.

Levi-Strauss, “The Culinary Triangle”. In Counihan, Carole and Penny van Esterik, eds. Food and Culture: A Reader. New York: Routledge, 1997.

“Muscle Dysmorphia: An Underrecognized Form of Body Dysmorphic Disorder.” Psychosomatics. Vol.38, No.6 (Nov-Dec 1997):548-57.

Auteurs

Rick Collins, JD, est un avocat en matière criminelle établi à New York, associé du cabinet Collins, McDonald & Gann et un ancien culturiste de compétition certifié entraîneur particulier. Il a beaucoup écrit sur les questions relatives au bodybuilding et aux stéroïdes anabolisants, a représenté ou a conseillé de nombreux athlètes qui ont fait l’objet d’enquêtes ou ont été condamnés pour de tels accusations et a un site Internet à but éducatif : www.SteroidLaw.com.

Krista Scott-Dixon, M.A., prépare un doctorat à l’Université de York à Toronto. Elle a un site Internet consacré à l’entraînement féminin pour acquérir plus de masse musculaire : http://www.stumptuous.com/weights.html et a écrit des articles sur l’entraînement selon les sexes pour la revue Mesomorphosis. Quand elle ne bûche pas sur sa thèse, elle lit les étiquettes dans les magasins de produits diététiques ou fait travailler les participantes à ses séances de gym.

Traduction par musclesenmetal.com – tout droits réservés – aucune reproduction sans autorisation

Commentaires
  • yellow

    Une traduction intéressante. MEM a décidé d’évoluer on dirait. C’est une bonne chose.

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